S’estimant pris pour cible par le pouvoir et régulièrement brocardé par certains cadres du Mrc, le président du Pcrn dénonce une « double persécution », exposant au grand jour les fractures persistantes de l’opposition.
Jean De Dieu Bidias

Le président du Parti camerounais pour la réconciliation nationale (Pcrn) a choisi de ne pas répondre frontalement à Mamadou Mota. Mais, sa dernière publication sur ses réseaux sociaux, ce mardi 25 août 2026, ressemble à une mise en garde adressée au premier vice-président du Mouvement pour la renaissance du Cameroun (Mrc). Cabral Libii dit avoir pris la mesure de sorties « répétées », « désobligeantes » et, à ses yeux, parfois indignes du rang de son auteur. La dernière, publiée par Mamadou Mota sur Facebook, aurait franchi, selon l’entourage du député, la ligne de ce que la polémique politique peut encore autoriser : une attaque personnelle, « en dessous de la ceinture ». La dernière charge en date de Mamadou Mota contre le président du Pcrn a été publiée quelques heures avant la réaction du député, laquelle charge criminalise un rapprochement supposé ou entre Cabral Libii et le pasteur Dieunedort Kamdem. « Cabral , dans un élan de maestria politique qui confine au génie de l’opportunisme, a donc choisi de lier son destin et ses ambitions à un authentique « Général de Dieu » en la personne de Dieunedort Kamdem. Le tire est long, il est la dimension de l’audace qui semble totale, car il faut une sacrée dose de cynisme pour valider l’existence d’un grade militaire au sein d’un organigramme céleste géré par un être théoriquement tout-puissant. Ce hold-up théologique n’est pourtant pas un hasard, mais le reflet d’une convergence d’intérêts bien terrestres entre deux figures qui partagent, au fond, les mêmes mécanismes de subsistance sur le dos du peuple camerounais. Qu’il s’agisse de capter les consciences par la promesse du salut ou par celle du changement politique (…) la méthode reste identique et s’apparente à une vaste entreprise d’escroquerie morale où l’illusion sert de programme de gouvernement. En adoubant ce marchand de miracles, le président du Pcrn ne fait pas de la stratégie républicaine, il sécurise simplement une clientèle crédule auprès de son jumeau de tiroir-caisse, espérant sans doute que les dîmes de l’un se transforment en bulletins de vote pour l’autre… », a-t-il asséné.
La réponse de Cabral Libii est pourtant plus politique que personnelle. Il demande aux cadres du Pcrn de ne monter au créneau que lorsque les idées de leur parti sont « contrefaites » ou « dénaturées ». Pour le reste, silence. « Nous sommes engagés dans la conquête de la majorité des suffrages du peuple », écrit-il, refusant de « s’aligner sur les basses querelles ». Mais une phrase révèle l’agacement du patron du Pcrn. Son parti serait confronté à une « double persécution », celle du régime et celle de « certains concurrents de l’opposition ». La formule n’est pas anodine. Derrière l’épisode Mamadou Mota, se profile en effet une animosité plus profonde entre le Pcrn et le Mrc, devenue l’une des lignes de fracture les plus visibles de l’opposition camerounaise. Les deux formations n’ont jamais réellement partagé la même conception de la conquête du pouvoir. Au Pcrn, Cabral Libii défend la participation aux institutions et une stratégie de transformation par la compétition électorale. Au Mrc, l’option est longtemps restée plus frontale, articulée autour de la contestation du système et de la mobilisation politique. Cette opposition de méthodes nourrit une méfiance ancienne, régulièrement réactivée par les déclarations des cadres des deux camps.
La perspective de la présidentielle d’octobre 2025 a porté cette rivalité à son paroxysme. Tous ou presque s’accordaient alors sur la nécessité d’éviter la dispersion face à Paul Biya. Mais l’accord s’arrêtait là : qui devait porter l’étendard de l’opposition et selon quelle méthode ? Cabral Libii refusait qu’une coalition se construise autour d’un homme déjà désigné. Sa doctrine était inverse : commencer par mutualiser les programmes, bâtir une offre politique commune, puis choisir le candidat appelé à l’incarner. Le président du Pcrn avait également défendu, dans le débat sur l’union de l’opposition, le principe d’une primaire permettant de départager les prétendants. En face, Maurice Kamto affichait une posture de candidat naturel d’une éventuelle coalition, posture du reste défendue mordicus par les militants du Mrc et ses alliés, qui ne voyaient pas l’intérêt d’une procédure susceptible de remettre en jeu une candidature déjà considérée comme la plus compétitive. L’échec de cette synthèse a laissé des traces. Avant, pendant puis après le scrutin, chaque séquence de crise a offert un nouveau terrain d’affrontement entre les deux familles politiques.
Escalade
Cabral Libii avait beau assurer, à la veille de l’élection, qu’il n’existait pas d’animosité personnelle avec Maurice Kamto, la rivalité entre les appareils et certains de leurs cadres n’a jamais disparu. C’est dans cette histoire qu’il faut lire la sortie contre Mamadou Mota. Cabral Libii ne vise pas seulement un homme. En soulignant que la « récurrence » des attaques peut laisser penser que le premier vice-président agit avec le « mandat » de son parti, il élève délibérément le différend au niveau des organisations. Le Pcrn, dit-il en substance, en « prend acte ». Reste que le président du Pcrn tente, pour l’heure, d’éviter l’escalade. Il prescrit la « discipline », la « hauteur » et une réponse exclusivement politique. Mais en revendiquant le statut de cible simultanée du pouvoir et d’une partie de l’opposition, Cabral Libii pose expose une réalité de plus en plus embarrassante de l’opposition camerounaise : les principaux prétendants à l’alternative à Paul Biya et à son parti, le Rassemblement démocratique du peuple camerounais (Rdpc), consacrent l’essentiel de leur énergie à se combattre entre eux.



