Féminicides : Huit femmes tuées en huit jours

Depuis 2023, le compteur des féminicides ne cesse de grimper avec 50 femmes tuées en 2023, 67 en 2024, 77 en 2025 et déjà plus d’une soixantaine de victimes depuis janvier 2026.

Rebara Habra 

 

Devant l’hôtel Salvador VIP, dans l’arrondissement de Yaoundé 5e, les voix se font basses en cette après-midi du 25 août 2026. Enfants, adultes et parents commentent le drame qui vient de se produire dans l’établissement. Aucun, ou presque, n’a pourtant assisté à la scène. Les regards restent tournés vers le bâtiment. Quelques badauds tentent de franchir la ceinture de sécurité pour apercevoir ce qui se passe derrière.

À l’intérieur, le va-et-vient des policiers et des gendarmes tranche avec le calme habituel des lieux. Une porte porte encore les traces de l’intervention. Plus haut, une partie de la toiture laisse apparaître les marques d’une tentative de fuite. « Le client avait verrouillé les portes du salon et de la chambre de l’intérieur. Il s’était ensuite rendu dans la douche et avait percé le plafond, puis la toiture, pour tenter de sortir sur le toit. Nous avons dû faire intervenir la gendarmerie et la police pour forcer les portes. C’est ainsi que nous avons découvert les deux personnes », raconte le promoteur de l’hôtel.

À l’intérieur de l’appartement, une seule personne est encore en vie. Merline, sa compagne, est morte. « C’est un client qui est arrivé hier et a pris une chambre, en réalité un appartement meublé. Il y a passé la nuit. Ce matin, vers 10h, il a accueilli une visiteuse, une dame aujourd’hui décédée », relate le promoteur.

Quelques minutes plus tard, des bruits alertent le personnel. La suite reste à établir. Que s’est-il réellement passé derrière cette porte ? Les versions circulent, sans qu’une explication officielle ne soit encore connue. Selon les premiers témoignages recueillis sur place, les deux protagonistes se seraient rencontrés sur Facebook. Après plusieurs jours d’échanges à distance, ils auraient convenu de se retrouver à l’hôtel.

Merline serait venue de Douala pour ce rendez-vous. Elle n’en repartira pas vivante. Son corps doit être ramené dans la capitale économique où elle résidait.

Le drame de Salvador intervient deux jours après un autre féminicide présumé à Logpom, à Douala. Au lieu-dit Bendel City, dans l’arrondissement de Douala 5e, Modestine, mère de deux enfants, a été mortellement agressée à l’arme blanche dans la nuit du 22 au 23 août. Son époux, Hervé Tezambong, a été interpellé et placé en garde à vue au commissariat central n°4.

Ces deux affaires surviennent alors que la question des violences faites aux femmes revient régulièrement dans le débat public. Il y a quelques jours, à l’occasion de la finale de la Coupe du Cameroun de football féminin, la ministre de la Promotion de la femme et de la Famille, Pr Marie Thérèse Abena Ondoa, appelait à poursuivre la lutte contre les féminicides et les infanticides. « Ensemble, poursuivons le combat contre les féminicides et les infanticides. Chaque geste compte pour protéger les enfants, les femmes et renforcer la cohésion de nos familles », déclarait-elle.

Selon les chiffres communiqués dans le cadre de cette problématique, 50 femmes ont été tuées en 2023, 67 en 2024 et 77 en 2025. En 2026, le nombre de cas recensés dépasserait déjà la soixantaine, alors que l’année est loin d’être achevée.