De supportrice du Canon en 1979 à vice-présidente de la Fecafoot et membre Fifa en 2026, elle a bâti pas à pas le football féminin camerounais. L’une des chevilles ouvrières de la Can 2026 remportée par les Lionnes indomptables, elle boucle à 68 ans une trajectoire de 45 ans de passion, de rigueur et de résultats.
Désiré Domo

Quelques jours avant de quitter le sol camerounais en juillet dernier, direction le Maroc, les Lionnes indomptables livrent un dernier match amical face au Bénin au Stade de Ngoa-Ekellé. La presse s’attend à voir le gratin sportif national : ministre, président de la Fecafoot. Finalement, c’est Céline Eko, 1ère vice-présidente, qui préside la rencontre remportée 3-1 et donne le coup d’envoi. En zone mixte, elle envoie des ondes positives à la troupe de Valentine Nguele. Sans confirmer si elle fera le voyage.
Quelques jours plus tard, les premières photos de la délégation au pays des Lions de l’Atlas la montrent, discrète, parmi les officiels. Comme à son habitude, elle s’efface. On ne la verra qu’en images lors des victoires contre le Nigeria et le Maroc. De retour à Yaoundé, au lendemain du sacre, l’émotion explose : « C’était des instants pleins d’émotions… quand un Premier ministre se déplace pour soutenir une sélection. Nous tenons à remercier également le chef de l’État qui a toujours mis les moyens pour accompagner le football camerounais. Nous lui disons grandement merci », confie-t-elle.
Débuts au Canon
2026 n’est que le couronnement d’une passion qui naît en 1979. Fraîchement de retour d’Europe, la jeune Céline Eko, 21 ans, rencontre à Douala Ferdinand Koungou Edima, président du Canon sportif de Yaoundé, via son grand-père, ancien patron de l’homme d’État de regrettée mémoire. Ce dernier, après présentation, l’adopte comme sa fille. « C’était devenu mon quotidien, aller le voir tous les jours, parce que je ne connaissais personne au Cameroun. Un week-end, le Canon jouait à Douala. Après une réunion à Mbam-Ewondo, quartier de Douala, il sort 10 000 Fcfa et dit à ses interlocuteurs : ça c’est l’une de mes filles. A partir d’aujourd’hui, elle est membre du Canon de Yaoundé », raconte-t-elle.
Un an plus tard, elle intègre la délégation pour la demi-finale de Coupe d’Afrique des clubs champions contre Bendel United au Nigeria. Victoire sportive, certes. Mais, au retour, rocambolesque : les membres de la délégation sont exfiltrés dans les malles et l’avion militaire les ayant à son bord est sommé d’atterrir. Elle sera aussi du voyage de Kinshasa en République démocratique du Congo en 1980, où le Canon remporte son dernier trophée continental face à AS Bilima. « Elle était la seule femme de la délégation. C’est une femme rodée ou rompue à la tâche », se rappelle Thomas Belibi, journaliste sportif et actuel responsable de la communication du Canon.
La suite de Céline Eko au club s’écrit sur la durée. Secrétaire générale adjointe, puis 20 ans au Conseil d’administration. Intérim entre 2008 et 2009, puis présidente de 2009 à 2012. Elle a la particularité d’être la dernière dirigeante à avoir mené le Canon à une finale de Coupe du Cameroun. C’était en 2013, défaite aux tirs-au-but face à Yong Sport Academy de Bamenda. A la fin de cette campagne, le bilan de la « dame de fer » affiche 1 Coupe du Cameroun, 2 championnats, 1 finale, 1 demi-finale. Elle crée aussi l’équipe jeune et l’équipe féminine. « Je laisse le Canon à son plus haut sommet », résume-t-elle. Devant les crises et batailles de succession, elle quitte le navire : « pour sauver ma peau ».
Ascension fédérale
La suite s’enchaîne. Elle est l’une des vice-présidentes de la Ligue de football professionnelle du Cameroun (Lfpc) sous le général Pierre Semengue. Puis, 1ère présidente élue de l’Association des clubs d’élite du Cameroun (Acec). A la Fecafoot, elle prend la tête de la Commission football féminin en 2013. Quand la Fédération internationale de football association (Fifa) impose la création des ligues à ses associations membres, elle devient présidente de la Ligue de football féminin. Puis présidente de la Ligue régionale du Sud, où elle accompagne, entre autres, l’essor de Colombe du Dja et Lobo. Membre du Comité exécutif, elle grimpe ensuite à l’international : membre de la Commission de développement du football féminin à la Caf, puis nommée à la Commission des compétitions féminines de sélections de la Fifa.
Main libre d’Eto’o
Au Maroc, comme dans chacune des fonctions qu’elle a occupées, le rôle de Céline Eko est clair : rigueur, discipline de la « maman du groupe ». « Je ne rigole pas avec le staff. Avec les filles il faut savoir parler, être à l’écoute et leur répéter que vous défendez le vert-rouge-jaune et que les 30 millions de Camerounais vous regardent ». Message reçu 5/5 qui vient couronner un parcours de sept qualifications en Coupe du monde : 3 chez les A, 3 en U17 et 1 en U20 depuis 2013.
Mais, derrière ce succès, Céline Eko pointe Samuel Eto’o, président de la Fecafoot. « C’est mon fils que Dieu m’a donné. N’en déplaise à qui veut l’entendre. N’eût été lui, je ne serais jamais à la Fifa », déclare-t-elle. « C’est la première fois que j’ai les mains libres… on va à la 20ᵉ année mais c’est la première fois que j’ai les mains libres de décider au niveau du football féminin. Quand il y a un problème, il me dit : maman, considère que c’est déjà résolu ». Le 29 novembre 2026, Eto’o lui rend hommage à sa réélection à la tête de la Fecafoot pour un second mandat : « Tout ceci est grâce à toi. Des gens ont voulu mettre la mère et le fils. Ils ont oublié que tu es ma mère. Merci maman ».
Voix du football
Dans le milieu du football, on appelle Céline Eko « maman ». Pauline Ayangma, gardienne des Louves Minproff et des Lionnes, en est la preuve : « Il était temps qu’elle puisse être récompensée des efforts qu’elle fournit pour le Cameroun. C’est une très grande femme. J’ai eu la chance de la côtoyer pendant la Can 2022. Elle me conseillait beaucoup. Quand elle sentait que je ne suis pas dedans, elle m’encourageait et me disait que je suis une grande gardienne et que je ne dois pas baisser les bras. C’est une mère pour moi et pour le football féminin en général ».
A 68 ans, née le 12 février 1958, mère de 7 enfants et grand-mère, elle dit n’avoir qu’une « obligation de résultat » familiale. « Tant qu’on a besoin de vous, vous êtes disponible ». Son regret : avoir laissé le Canon sportif de Yaoundé sans centre technique. « Ça me fait mal, avec des larmes aux yeux ». Sa fierté, en revanche, c’est d’avoir rehaussé l’image du football féminin.
De la fille adoptée à Mbam-Ewondo en 1979 à la dame reçue membre de la Fifa en 2026, Céline Eko a bouclé la boucle. L’architecte a désormais une Can à mettre au palmarès de son œuvre. Même si modestement, elle préfère laisser le soin aux uns et aux autres de décider du souvenir qu’ils gardent d’elle.
Bio Express
Céline Eko
Née le 12 février 1958
1ère vice-présidente Fecafoot en charge du football féminin
Présidente du Conseil d’administration du Canon 2012-2013
Présidente de la Ligue football féminin du Cameroun
Vice-présidente de la Caf
Membre Fifa
Palmarès : 3 titres avec Canon, 3 qualifs Coupe du monde,
4 participations en CAN dont 1 remportée en 2026



