Gaz domestique : La pénurie fait courir les ménages

À Yaoundé, Douala et Bafoussam, trouver une bouteille de gaz relève désormais du parcours du combattant. Dans les stations-service comme chez les revendeurs, les stocks s’épuisent, certaines marques disparaissent des étals et les livraisons se font attendre. Une situation qui contraint les ménages à multiplier les points de vente, à changer de marque ou, pour certains, à renouer avec du charbon de bois. 

 

Yaoundé : Une bouteille de gaz vaut mille tours 

Rebara Habra 

La pénurie gagne du terrain

Après plus de cinq minutes au téléphone, Martinien tente une autre piste pour aider son interlocutrice. « Je te propose d’aller vérifier au grand dépôt de gaz à Nsam. Je n’ai pas pu en avoir ici, à Obili. Ils me disent qu’il n’y a pas de gaz depuis deux jours », explique-t-il. À l’autre bout du fil, Keilia ne sait plus à quel saint se vouer. Après cette première discussion, la jeune femme rappelle Martinien, qui poursuit ses recherches du côté de la station Neptune, au quartier Tam-Tam. Elle finira par trouver une bouteille de gaz à la station Tradex de Nsam, dans l’arrondissement   de Yaoundé 3e 

À Neptune Tam-Tam, deux bouteilles de gaz vides sont posées à même le sol, derrière la grille métallique de l’espace de stockage. La dernière livraison, ici, remonte au 17 août 2026. « Depuis ce jour, nous n’avons plus été ravitaillés. Bien avant cette date, il y avait déjà des perturbations dans le circuit d’approvisionnement », explique un responsable de la station.

Où est passé le gaz domestique ? L’intéressé, qui a requis l’anonymat, ne s’avance pas. « Mon frère, je n’ai aucune information sur la situation. On ne nous a rien dit. Il n’y a pas de gaz. On attend. C’est tout », lâche-t-il.

Au quartier Éleveur, le constat est similaire. Daniella, elle, a dû « retourner aux sources ». En attendant un retour à la normale, elle cuisine désormais au charbon. « Que ce soit à Tradex, AXX ou Total, c’est vide. Il n’y a rien. Depuis une semaine, je marche à la recherche du gaz. Tous les jours, on me sert la même chanson : “Reviens demain.” “Reviens demain.” L’argent que j’ai déjà dépensé pour mes déplacements pouvait servir à payer une bouteille de gaz », raconte-t-elle.

Dans plusieurs points de vente, les consommateurs se heurtent ainsi à des ruptures de stock. Les recherches se prolongent, parfois pendant plusieurs jours, sans garantie de repartir avec une bouteille.

Face à ces perturbations du circuit d’approvisionnement, la Société camerounaise des dépôts pétroliers (Scdp) n’a, pour l’heure, publié aucun communiqué pour expliquer la situation ou rassurer les consommateurs. 

Douala : Les marques jouent à cache-cache

Blaise Djouokep

Disponible par endroit

 

La grille métallique où sont entreposées les bouteilles de gaz à la station Tradex de Ndokoti est pleine. Mais, à y regarder de plus près, toutes les bouteilles sont vides. Devant la corde qui fait office de cordon de sécurité pour limiter l’accès à l’espace de stockage, une bouteille attend, posée à même le sol. Un jeune homme d’une vingtaine d’années est venu s’enquérir de la disponibilité du combustible. « Je suis là depuis bientôt dix minutes. Je ne sais pas s’il y a du gaz. J’attends », lâche-t-il. Avant de préciser : « La vendeuse de gaz chez qui on s’approvisionne souvent est en rupture de stock. On est venu ici dans l’espoir d’en trouver. »

Un pompiste renseigne le reporter sur la situation dans cette station-service. « Il n’y a pas de gaz. C’est fini tout à l’heure, vers 13 h. On attend d’être livré. On sera livré aujourd’hui », assure-t-il.  Absent de cette station-service, le gaz de certaines marques est pourtant disponible dans d’autres points de vente. C’est le cas des stations Neptune, Bocom et Total Ndogpassi, où le combustible est présent, même si les stocks sont limités. « Vous voyez bien que nous avons du gaz. Donc, on ne peut pas parler de rupture », tranche un employé de Neptune.

Chez les revendeurs, la situation varie d’une marque à l’autre. Au carrefour Saint-Nicolas, Magni, vendeuse de gaz, assure avoir encore du stock de Bocom. « Bocom n’est pas en rupture chez moi. Mais pour les autres marques, la rareté est réelle. Je n’ai pas été livrée depuis deux semaines », explique-t-elle.

À une centaine de mètres de là, plusieurs marques manquent à l’appel. Seules Total et Bocom sont disponibles. « Il n’y a pas de gaz. Tradex est fini depuis hier, mercredi. Je n’ai pas encore été livré. J’ai appelé les fournisseurs des différentes marques. Ils ont dit qu’ils vont passer livrer. Cela fait déjà plusieurs jours », raconte Jacques, vendeur de gaz.

Cette situation contraint certains ménages à changer leurs habitudes. Jeannette, par exemple, a recours au charbon de bois depuis deux semaines, faute de trouver une bouteille de gaz.

Bafoussam : Le gaz arrive, puis disparaît 

Rosette Ombessack

 

Maman Honorine habite le quartier Bamendzi 3, au lieu-dit Sotiocam, à Bafoussam. Depuis plusieurs années, elle vend des beignets. Mais, pendant près d’une semaine, elle a dû ranger ses ustensiles. Faute de gaz, impossible de pétrir la pâte et de poursuivre son activité.

Ce n’est que mardi dernier qu’elle a pu reprendre la production, après avoir enfin trouvé du gaz. Dans la capitale régionale de l’Ouest, le combustible se fait rare depuis environ un mois. Le problème ne concerne plus une marque en particulier. C’est le gaz, toutes marques confondues, qui arrive désormais au compte-gouttes.

Dans un point de vente du quartier Diangdam, les bouteilles ne restent pas longtemps en rayon. « Le gaz arrive depuis un certain temps en petite quantité. Du coup, l’offre est inférieure à la demande », explique Cyril, tenancier du dépôt. Selon lui, cette tension sur les stocks se répercute aussi sur les prix. Une cliente vient ainsi de faire remplir sa bouteille pour 7 000 Fcfa contre 6 500 Fcfa auparavant.

Du côté du dépôt situé aux abords du quartier Haoussa, la responsable n’a reçu que quelques bouteilles. « D’ici quelques minutes, on va tout vendre », prévient-elle. Le dépôt ne commercialisant qu’une seule marque, ses possibilités d’approvisionnement restent limitées. Lorsqu’elle manque, les clients doivent chercher ailleurs.

Au marché Big Mop, à quelques mètres de la Maetur, le scénario se répète. Dans un dépôt, une seule marque est encore visible. « Je vais essayer d’aller voir si je peux trouver les autres bouteilles », annonce le tenancier. Il déplore l’absence des marques les plus demandées par ses clients. Chez son voisin, en revanche, aucune bouteille ne pointe à l’horizon.

À une cliente qui se plaint de la situation, la tenancière répond : « On nous dit que le bateau est calé en mer. » Le gaz était à peine arrivé mardi soir que les stocks avaient déjà commencé à fondre. À Bafoussam, trouver une bouteille relève désormais d’une course contre la montre.