Des jeunes sillonnent les quartiers, sacs à la main, à la recherche de vieux métaux qu’ils revendent pour subvenir à leurs besoins quotidiens.
Lena Ossono ( stagiaire )
Un dépôt de fer
Samedi 15 août 2026. Il est 7h au quartier Sous-manguier, à Yaoundé. Le jour se lève. Dans les rues, une voix brise le calme : « Ferraille, ferraille ! » À pied, sacs et brouettes à la main, des jeunes vont de porte en porte à la recherche de vieux objets métalliques. Leur but est de récupérer du fer et d’autres matériaux auprès des ménages. « Nous cherchons surtout les vieux morceaux de fer, les appareils hors d’usage et tout ce qui peut être vendu », explique Abdel, rencontré au cours de sa tournée. Pour lui, cette activité permet de disposer d’un revenu et de répondre à certaines dépenses du quotidien.
Dans les maisons, certains habitants les accueillent. Vieux morceaux de tôle, cadres métalliques, ustensiles usés ou pièces détachées sont récupérés plutôt que de rejoindre les tas d’ordures. « Quand ils passent, ça nous permet de nous débarrasser de certaines choses qui encombrent la maison », témoigne Sandrine Betebe, résidente du quartier Sous-manguier.
Mais la collecte demande des efforts. Les récupérateurs parcourent les rues à pied, transportent parfois des charges lourdes et doivent composer avec une quantité de fer qui varie d’un jour à l’autre. Les recettes suivent le même rythme. « Certains jours, on trouve beaucoup de fer. D’autres, presque rien », déclare Bachirou, qui exerce ce métier.
Une fois récupérée, la ferraille est conduite vers différents points de dépôt de la ville. À Mokolo-élobi, l’un des sites où se concentre cette activité, les métaux sont triés avant d’être acheminés vers des fonderies ou des unités de transformation. À Mvog-Ada, où l’on trouve notamment des pièces détachées d’occasion, plusieurs dépôts participent également à ce circuit.
De la porte des ménages aux dépôts de récupération, la ferraille change ainsi de mains. Elle est triée, regroupée puis envoyée vers des unités de transformation. Pour les jeunes qui sillonnent les quartiers, chaque morceau de métal représente quelques francs de plus. À Yaoundé, leur activité s’inscrit dans un circuit de récupération qui permet aux métaux de retourner dans la chaîne de production.
Abraham Ndoke : Un ferrailleur de lance de la Nation
De la collecte à la revente, la ferraille est devenue le moyen de subsistance de ce jeune âgé de 22 ans.
Nickèse Ntolo Abanda( stagiaire)

Sous le soleil, Abraham Ndoke arpente les rues de Nkolo 1, à Nkoabang. Il tient un filet. Son pantalon porte les traces de l’usure et son pull, celles de l’huile de vidange. À 22 ans, le jeune homme passe ses journées à la recherche de vieux métaux qu’il collecte avant de les revendre. Il exerce cette activité depuis plusieurs années pour subvenir à ses besoins et aider ses jeunes frères.
Mardi 11 août 2026, Abraham est de nouveau à la recherche de ferraille. À pied, il sillonne les quartiers, scrutant les abords des maisons et les tas d’ordures à la recherche de morceaux de métal. Quelques kilos peuvent lui rapporter de l’argent. Derrière cette activité se trouve un parcours marqué par les difficultés financières. Originaire de Tokombéré, dans l’Extrême-Nord du Cameroun, le jeune homme n’a pas pu poursuivre ses études, faute de moyens.
Avant de se tourner vers la ferraille, Abraham vendait du « kossam », une boisson préparée à base de lait en poudre et de yaourt. En 2011, il commence à récupérer et à vendre des métaux. Depuis, cette activité constitue son principal moyen de subsistance.
Le prix de la ferraille a évolué au fil des années. Autrefois vendu entre 25 et 50 Fcfa le kilogramme selon les lieux, le fer se négocie aujourd’hui autour de 100 Fcfa le kilogramme. L’aluminium, qui se vendait entre 200 et 250 Fcfa, atteint désormais environ 300 Fcfa le kilogramme. Les acteurs du secteur expliquent cette évolution par la raréfaction de la matière.
Une fois collectés, les métaux sont acheminés vers les dépôts, puis destinés à la transformation. Ils peuvent ainsi entrer dans la fabrication de nouveaux objets. Mais la récupération expose aussi les ferrailleurs à des accusations de vol, notamment lorsqu’ils ramassent du métal à proximité des habitations.
Aboubakar Ali, collègue d’Abraham, raconte ces situations : « Il y a des fois où je ramasse juste le fer dans une poubelle près d’une maison et les personnes autour appellent la police. Je suis obligé de courir comme un bandit. Je laisse même mon sac de fer. »
Abraham Ndoke dit avoir connu des situations similaires. « Oui, c’est vrai. Parfois même, on finit de ramasser pour aller avec au dépôt et les gens viennent de nulle part avec la gendarmerie pour nous arrêter, en disant qu’on a volé le fer dans leur garage. Une fois là-bas, on paye de grosses sommes d’argent », témoigne-t-il.
Entre les kilomètres parcourus, la chaleur et les accusations, Abraham poursuit sa tournée. À chaque arrêt, il inspecte les abords des maisons, les poubelles et les espaces où peuvent se trouver des morceaux de métal. Pour lui, chaque kilo collecté représente un revenu. Une manière de gagner sa vie et de soutenir sa famille.



