Depuis son entrée en production le 03 août 2026, Systac 2, la nouvelle plateforme régionale de télécompensation de la Banque des États de l’Afrique centrale, continue de provoquer des retards dans le traitement de certaines opérations bancaires.
Jean De Dieu Bidias
Une vue du siège de la Beac, à Yaoundé.
Le lancement devait marquer une nouvelle étape dans la modernisation des infrastructures de paiement de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac). Mais, 10 jours après son entrée en production, Systac 2, le ( Système de télécompensation en Afrique centrale, version 2 ), connaît encore des perturbations qui affectent certaines opérations bancaires. Des usagers continuent de signaler, entre autres dysfonctionnements, des délais indéfiniment longs dans la compensation des chèques et, plus largement, dans le dénouement de certaines transactions. Cette situation n’est pas sans conséquences sur la trésorerie des entreprises et complique la gestion quotidienne des particuliers depuis plusieurs jours. Dans un communiqué publié hier, 12 août, la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) confirme officiellement la mise en production de la nouvelle plateforme et assure pourtant qu’elle « veille, durant cette phase, au maintien de la continuité des services financiers fournis à la communauté ». L’institut d’émission affirme également avoir « pris les dispositions nécessaires pour assurer une transition maîtrisée » et avoir travaillé « en étroite collaboration avec les établissements participants ».
La banque centrale ne précise toutefois ni l’ampleur des perturbations, ni le nombre d’établissements ou de clients affectés. Elle reconnaît néanmoins une phase d’adaptation inhérente au déploiement de la nouvelle infrastructure. Dans les établissements concernés, les difficultés se traduisent depuis 10 jours par des délais de traitement plus longs pour des opérations dont l’exécution est normalement relativement prévisible. Systac 2 n’est pourtant pas une simple mise à jour informatique. La plateforme constitue l’une des principales infrastructures régionales dédiées aux paiements de détail, notamment les virements, prélèvements, chèques et cartes bancaires. Elle vient remplacer l’ancien système, utilisé depuis 2007. Entièrement repensée, la nouvelle architecture se veut « centralisée, sécurisée et 100% accessible en ligne ». Elle repose également sur la norme internationale ISO 20022, destinée à améliorer la structuration et la circulation des informations financières. Pour la Beac, cette évolution doit permettre de « renforcer l’efficacité des traitements », « accroître la sécurité des opérations » et « favoriser l’intégration progressive de nouveaux services de paiement répondant aux besoins des acteurs économiques de la sous-région ».
Le dispositif s’articule autour de trois principaux modules. Le premier est un « système de compensation automatisée avec deux compartiments (central et participant) », qui constitue le cœur du traitement des opérations. Le deuxième est consacré à la gestion des litiges. Le troisième concerne les paiements instantanés, qui ne sont toutefois pas encore opérationnels. La Beac indique que le « module relatif aux paiements instantanés fera l’objet d’une mise en production ultérieure ». Cette précision montre que le déploiement de Systac 2 n’est pas encore totalement achevé. Pour les entreprises, notamment les PME qui disposent de faibles marges de trésorerie et fonctionnent souvent à flux tendus, l’urgence reste donc la stabilisation des fonctions de compensation avant l’activation de nouvelles fonctionnalités. La Beac, pour l’heure, ne précise toutefois pas les mesures concrètes engagées en amont pour résorber les difficultés liées à cette phase de rodage et rétablir des délais de traitement conformes aux attentes des usagers.
Il reste à espérer que les prochaines étapes de ce basculement seront moins anxiogènes pour les agents économiques, notamment les clients des banques commerciales. En effet, le chantier de modernisation ne s’arrête pas à Systac 2. La Beac annonce déjà la prochaine évolution de ses infrastructures de paiement avec Sygma V2, le nouveau système de règlement des gros montants automatisé, ou RTGS. Le dispositif est actuellement « en cours de finalisation » et sa mise en exploitation est « prévue dans les semaines à venir ». Contrairement à Systac 2, principalement consacré aux paiements de détail, Sygma V2 doit assurer, en temps réel, le règlement des opérations interbancaires de gros montants. Son bon fonctionnement sera donc déterminant pour la gestion de la liquidité bancaire et l’exécution des transferts importants entre établissements financiers. À travers ces deux plateformes, la Beac entend doter la Cemac d’infrastructures de paiement « plus performantes, plus sûres et conformes aux meilleurs standards internationaux ».



