Enseignements secondaires – Doute sur les 1 205 cas de décès signalés

Pauline Nalova Lyonga a signé le 15 juin dernier un communiqué invitant ces personnels à clarifier leur situation en se présentant dans son département ministériel munis de plusieurs documents don’t un certificat de vie.

Par Arnaud Kuipo

Un fait inhabituel dans la Fonction publique camerounaise. Des personnels en vie auraient été déclarés décédés. Les faits se déroulent au ministère des Enseignements secondaires (Minesec) à la suite du recensement physique et biométrique lancé récemment au Minesec. C’est le chef de ce département ministériel qui met le sujet sur la place publique à travers la signature, le 15 juin dernier, d’un communiqué convoquant ces personnels. Total des individus concernés : 1 205. « Le ministre des Enseignements secondaires invite les personnels ci-après désignés, déclarés décédés par leurs chefs de structure respectifs à l’occasion de l’opération de recensement biométrique et physique d’avril et mai 2026, qui seraient bien vivants, à bien vouloir se présenter à la porte 507 bis de son département ministériel, dans un délai de quatorze (14) jours dès publication du présent communiqué », peut-on lire dans cette sortie de Pauline Nalova Lyonga. Il leur est demande par la suite de s’y présenter munis des pièces suivantes : un certificat de vie, une pièce d’identification valide, une présence effective et une fiche de recensement. Objectif : dissiper tout malentendu.

Réagissant à ce communiqué, une enseignante demande à son frère, lui aussi enseignant, de chercher son nom. « Je n’ai pas confiance en mon boss », écrit-elle. « O Cameroun berceau de nos ancêtres ! » s’était exclamé plus tôt ledit enseignant. « Quand tu vas vérifier tu verras que peut-être parmi eux il n’y a même pas 100 morts, peut-être même pas 50. […] Mais peut-être que ce sont des gens qui avaient des problèmes avec les différents chefs d’établissement. » poursuit-il. Ailleurs, un autre enseignant tempère en évoquant le cas du « proviseur du Lycée Bilingue d’Ebolowa II […] déclaré être en Pologne avec cinq de ses enseignants. L’erreur est humaine. Prenez le temps de lire toutes les listes. »

Corec

S’exprimant en mars dernier sur le jeu trouble de certains chefs d’établissement, dans le cadre du recensement, le secrétaire général à la coordination du Collectif des organisations des enseignants du Cameroun (Corec) indiquait ce dernier avait lancé « en janvier dernier un audit national exhaustif sur l’émigration et sur les pratiques pseudo-administratives qui l’entourent. […] Ce que l’on découvre, c’est que l’exode n’est pas seulement un problème de fuite des cerveaux, c’est aussi un formidable outil de clientélisme et de chantage local. […] Le mécanisme est pervers : le chef d’établissement ne signale souvent comme « déserteurs » que ceux qui n’ont pas « négocié » avec lui. Pire encore, pour noyer le poisson et protéger leurs véritables clients qui sont déjà au Canada, certains proviseurs créent un leurre : ils font de la dénonciation abusive. Ils vont signaler des enseignants qui sont bel et bien présents à leur poste, simplement parce que ces derniers refusent de se soumettre à leur dictature locale. »

Précisons que la sortie ministérielle relative aux probables « faux morts » fait partie des sept communiqués signés le 15 juin dernier par Nalova Lyonga. Ce sont au total 16 017 personnels appelés à se justifier. Ils sont répartis ainsi qu’il suit : 3 172 en position inconnue ; 2 532 absents à l’opération de recensement d’avril – mai 2026 ; 5 659 déclarés en situation d’abandon de poste ; 1 738 en situation administrative et professionnelle incohérente ; 1 319 reconnus résidents hors du pays ; 392 absentéistes déserteurs, c’est-à-dire émargeant au chapitre budgétaire du Minesec, mais n’étant en service dans aucune structure de ce département ministériel.