Affaire Joyce Nawal – Des manifestants réclament justice

Le 28 mai 2026, une foule en colère a pris d’assaut le Groupe scolaire bilingue la gloire olympique, situé à Odza, exigeant la vérité après le viol présumé sur la petite Joyce Nawal.

Par Ulrich Enyegue

« Vous manifestez parce que vous êtes au chômage ! ». Cette phrase, lancée par un passant au milieu du rassemblement, agit comme une insulte de trop. En un instant, une meute de femmes en furie se jette sur lui. Les projectiles pleuvent : bouteilles d’eau, tomates écrasées, avocats mûrs. Un homme surgit de la foule, il lui assène des gifles et des coups de poing. Le lynchage est imminent. Il faut l’intervention musclée des forces de maintien de l’ordre pour extirper l’inconnu des griffes de la ferveur populaire.

Depuis 6 heures du matin, le portail clos du Groupe scolaire bilingue la gloire olympique est le foyer d’une révolte populaire. Des mères de famille, des jeunes, des riverains bloquent le tronçon routier reliant le petit marché d’Odza au siège de l’école. Les visages sont marqués par les larmes et le ras-le-bol. Sur les pancartes brandies à bout de bras, on lit : « justice pour Joyce ». Les femmes hurlent en chœur, « non au viol ». Face à cette marée humaine, aucun responsible de l’école ne montre son visage. Ni le directeur de l’école, encore moins la propriétaire de l’établissement. Ce n’est qu’après avoir totalement dissipé la foule que les forces de l’ordre ouvrent les grilles de l’établissement à la presse. Mais, l’accès est minutieusement filtré. Les journalistes sont autorisés à entrer, mais des restrictions strictes interdisent toute prise d’images non encadrée.

Arrivé sur les lieux pendant la manifestation, le sous-préfet de Yaoundé IV, Elvis Akondi Mbahangwen, craque. Face à ses administrés, l’autorité administrative fond en larmes avant de livrer cette déclaration, « Je suis venu pour pleurer avec vous parce que vous êtes mes populations. Dites à votre sœur de travailler avec les enquêteurs, avec les spécialistes pour qu’ensemble on établisse la vérité. Laissez les autorités travailler pour établir la vérité. ». Pour prouver sa bonne foi aux hommes de médias, le sous-préfet a présenté sur un smartphone, les images de la vidéosurveillance de l’école. On y voit la petite Joyce Nawal, sautillante, normale et joviale, avec  son père venu la récupérer.

Ballet ministériel

La mi-journée approche, et avec elle, le sommet de l’État s’invite à Odza. Le bitume surchauffé renvoie une chaleur lourde, mais c’est dans l’ambiance confinée de la direction de l’école que le second acte se joue. À 10 heures précises, une berline noire fend le cordon de sécurité. Le gouverneur de la région du Centre, Naseri Paul Bea, en descend le visage fermé, suivi par ses hommes en costume. À 11h34, les sirènes retentissent de plus belle. C’est au tour du ministre de l’Éducation de base, Laurent Serges Etoundi Ngoa, de franchir le portail d’un pas martial. Sans un mot pour les micros tendus, il s’engouffre dans la salle de crise où l’attendent déjà les responsables de l’établissement, emmurés jusqu’alors dans leur silence.

À 12h37, un nouveau pick-up des forces de maintien de l’ordre débarque. La portière s’ouvre sur une silhouette fragile : c’est la mère de la petite Joyce Nawal. Elle a le visage marqué par le drame. Ses cheveux ne sont pas coiffés et sa tenue n’est pas soignée. Un homme l’accompagne. C’est l’oncle de la petite Joyce Nawal. Escortée comme une haute personnalité, elle est introduite dans la salle de concertation pour faire face aux officiels. Moins d’une heure plus tard, à 13h19, le tableau gouvernemental se complète avec l’arrivée de Marie Thérèse Abena Ondoa, ministre de la Promotion de la femme et de la famille, venue apporter le poids de sa tutelle à cette crise qui émeut tout le pays.

Justice

À 13h40, les portes de la salle de réunion s’ouvrent enfin. Le ministre de l’Éducation de base, Laurent Serges Etoundi Ngoa, s’avance face aux micros tendus de la presse. Il déclare que « le gouvernement a été mobilisé pour venir au siège de l’école, voir ce qui s’est passé avec la jeune Nawal. Nous étions en réunion avec la famille, avec les encadreurs de l’école. Nous n’avons pas pris la place de la justice. Non, étant entendu qu’une plainte était déjà portée par la famille au niveau des autorités judiciaires. Et une autre plainte était portée également par l’établissement, pour des raisons évidentes également. Nous sommes venus appeler tout le monde au calme ». Le ton ferme, il ajoute que « s’il y a des responsables, ils seront sévèrement punis selon les lois de notre pays. Et si l’école est incriminée d’une manière ou d’une autre, il y a des mesures qui vont être prises, allant de la suspension à la fermeture de l’école. ».

La nuit commence à tomber sur Odza, mais le calme reste précaire. Les ministres sont partis, les policiers veillent, et les rumeurs continuent de consumer le quartier. Resté muet depuis le début de la manifestation, le Groupe scolaire bilingue la gloire olympique annonce un point de presse ce vendredi 29 mai 2026.